PORTRAIT D'UN PILOTE

 Questionnaire : Portrait de Pilote

Comment t’es venu la passion pour les voitures en général ? A quel âge ? Dans quelles circonstances ?

Je suis originaire de Grasse, pays des rallyes, course de cotes voiture et moto.

A 14 ans, je passais devant l’atelier de moto d’un des meilleurs pilotes français, Fenoglio , et ses Moto-Morini 125, 175, de course étaient alignées sur le trottoir.

Je lisais Moto-revue, les succès de Beltoise et Agostini sur Morini …

A 15 ans, j’ai eu donc, un 2 roues, un Moto-Morini !! 49 cc mais 4 temps. Mon voisin avait un Motom (4 temps aussi) …C’était déjà à celui qui trouvait comment prendre plus de régime ! J’ai découvert avec l’aide du dictionnaire le cycle à 4 temps… et sa subtile distribution.

Mon quartier vibrait au son des pots Abarth, il y avait entre autre une 850TC, une Cooper S ex-Marnat, et une De Tomaso Vallelunga. Mais c’est en passager dans une Aronde surbaissée, avec un compte tours, plein de manos et un pot latéral (comme les GTA corsa !) que j’ai appris ce qu’était une trajectoire.

Nous partions voir le départ du Critérium Alpin, les cotes du Tanneron, Saint-cézaire, et Ampus qui était en championnat d’Europe (le duel Ferrari, Abarth, Porsche, beaucoup des grands pilotes que l’on pouvait approcher).

Faut pas chercher ailleurs, je ne pouvait rester insensible à cette culture du sport motocycliste et automobile !

Après quelques gamelles, j’ai eu droit à 4 roues, ce fut une 4cv Renault, amélioré par celui qui m’a initié à la préparation des moteurs, Monsieur Jean-pierre Almayrac (atelier de rectif de culasse,volant moteur, pistons , etc ).

Le BT automobile en poche, Jean-Pierre (qui avait carrossé une aronde en barquette alu pour la cote ! ) me fait construire un proto 4cv comme celles des Marseillais (Xiberas ,etc) qui battaient les Alpine en cote : 4 mois de travail,une mécanique de 1108cc , des trains d’alpine , et un passage aux mines en 6cv.

En 1970, c’était possible ! Encore merci à mon maitre, Jean –Pierre, qui m’a fait aussi connaître Paul Condrillier , pilote d’usine Renault (dauphine) , et préparateur des meilleurs pilotes du Sud-Est sur Alpine, Alfa GTA, Fiat Abarth, chez qui j’ai voulu absolument travailler , sans y arriver. Paul Condrillier a été notre fournisseur de pièces spéciales pour les pilotes de l’écurie VHC.

Il m’avait en particulier préparé un 1500 qui était le kit fait par Mondial Piston

Pour la F1 Cooper-Conrero, ainsi que les spider tipo 750 G monoposto qui couraient aux USA.

Comment as-tu attrapé le virus alfa ?

En travaillant comme mécanicien au garage Ricord….Alfa-Roméo à Grasse !!

Là encore, j’ai rencontré Gérard Lanvin , responsable du service compétition de la SOFAR, qui finissait la préparation de la GTAM (Baraillier ) pour le Critérium Alpin dans ce garage Alfa.

Quand Gérard (qui créa ensuite Lov’auto et ses fameuses GR1) chauffait la GTAM …. ou le bruit agace…. ou bien le ramage vous incube fortement le Virus !

J’y ai travaillé aussi sur un GTA qui venait de Paris, le conducteur s’appelait Louis Chretien ( le 3eme président de notre futur club Alfa Romeo).

Circonstances de l’acquisition de ta première alfa : quand, comment, modèle etc…

- Quand J.Ricord a aperçu mon proto 4cv, il m’a dit : « je vais essayer ma Giulietta sprint véloce conrero, tu peux venir avec moi», et là, ce fut le coup de ..

Foudre ! Elle était de 1957, avait les portes et capots en alu, des freins à tambours,

Mais quand le 1300 Conrero passait de 6000 à 8000 tr/mn , je suis resté stupéfait !!

Ainsi, la GIULIETTA remplaça la 4cv dans mon garage. J’avais 21 ans, mais le cœur qui s’accélérait chaque fois que j’en prenais le volant, j’avais une auto de compétition, et le soir, avec les copains, direction les spéciales de l’arrière-pays !

Courrais-tu avant de créer le club ou est-ce à partir de la création du Club que tu as commencé à courir ?

J’ai connu les courses de Véhicules d’époque à Montlhéry, aux Coupes de l’Age d’or, en 1977, avec mon copain Alain Larive. C’était principalement des plateaux d’anglaises , avec quelques Ferrari, et Porsche, et je crois bien, une seule Alfa , une 1900 super sprint.

La décision de courir aussi fut vite prise, et nous prenons le départ du rallye Lyon- Charbonnières en Mars 78 avec sa SZ Conréro. Le baptême fut concluant, et

Je continuais la saison à Nogaro avec ma Sprint Véloce.

Nous allions chercher des pièces chez Afra à Milan, prendre des archives à Arèse et, au retour un passage à Turin chez…Virgile Conrero. Les Giulietta

SZ lui rappelait ses succès de jeunesse, et nous repartions avec le plein de conseil et de réglages dans nos mallettes.

 

Quel type de courses as-tu effectuées ?

J’ai effectué presque toutes les épreuves de l’année 79 : le Charbo (3 ème) ,

Nogaro, Pau, le Tour Auto (1er avec Alain Larive) et le gymkana de Tarbes pour faire plaisir à André Divies qui nous a toujours aidés pour organiser les courses de VEC.

Les amateurs d’Alfa nous interpellaient et notre carnet d’adresses grossissait !

J’ai fini 5ème du classement scratch , et champion de France des GT Spéciales.

Les Alfa avaient repris leur place dans ces courses historiques, et nous avons

décidé de contacter Alfa France pour créer un club avec leur soutien financier.

Février 80, Alfa prenait en charge notre présence à Rétromobile à la Bastille !

18 m2 , une table , 3 chaises et la Tubolare de JC.Carré : une réussite inespérée.

Mais aussi une lourde tache, les deux apprentis sorciers devaient se structurer !

Chez Alfa, Henri Morisi , le patron du service presse et compétition, nous prend en charge. Il accepte de financer séparément du club ‘’ l’écurie des chevaux de feu’’ pour inciter des pilotes du VH à courir en Alfa. Nous avons créé le Trophée

Alfa- Agip- Pirelli avec des primes de départ pour les pilotes de l’écurie.

Le succès fut rapide, et les titres de Champion de France se succédèrent, en particulier, graçe à Jean-rené Pierre qui nous succéda.

Lesquelles as-tu préférées ?

J’ai participé quatre fois en Giulietta au Tour-Auto , 79 avec la SV , 80 en SZ 83 sur la SVZ et 85 avec un Spider 750.

C’était un très grand rallye long de 3500 kms , avec deux étapes de 36 heures non-stop, comme Angoulème-Nice. Nous suivions les ‘’modernes’’, Andruet, Darniche, Mouton, etc, Quelle ambiance !

C’est un marathon, pendant 5 jours et 2 nuits. Il faut se battre contre les autres, mais aussi la mécanique qui nous lache. Nous réparions la nuit, le repos était court. Des garages inconnus nous offraient gracieusement l’assistance. Je vous raconterai des anecdotes une autre fois.

Parmi les circuits, j’adore en ville, comme à Pau. A fond dans les rues, l’échappement qui résonne entre les murs, l’ambiance, rien à voir avec Nogaro par exemple. Nous étions aussi les instigateurs des VH à Pau .Les parisiens, créateurs des courses de VH, ne manquaient pas ce rendez vous.

Il faut avouer que nous n’avons guère le plaisir de te voir lors des balades que nous organisons sans doute cours-tu toujours ? Dans l’affirmative que fais-tu ? Circuit, endurance, régularité ? Avec quelle ou quelles voitures ?

C’est vrai, ce n’est pas l’envie qui manque, mais j’accorde du temps à ma femme, mon fils Léo, qui a dix ans. J’avais beaucoup de déplacements dans mon métier,

alors, difficile de repartir encore le week-end.

Les courses nécessitent maintenant de gros budget, on ne pourrait refaire autant que celles qu’on a faites il y a presque 30 ans. Je cours peu de fois dans l’année,

en particulier, les 100 tours , à Nogaro, ou au Castellet, avec mon ami Laurent Idrac sur sa BM 2002 ti .C’est une bonne formule, un sprint de 4h ou 8h par équipe de 2 à 4 pilotes, et il y a beaucoup d’Alfa en piste. En plus il y a la 3ème mi-temps, on a le temps de rencontrer plein de passionnés.

J’ai repris un peu le VHC , au rallye Cannes-Soleil , avec le spider 1600, pour le plaisir de refaire les spéciales de ma jeunesse, car pour le scratch, la catégorie avant 1965 est vraiment dépassée. Il faut prendre du plaisir , tant qu’on peut encore le faire !

Tu vas courir les 24 heures du Mans Classic ; Est-ce un vieux rêve qui va se réalise, ou une opportunité à saisir?

En fait, c’est Alain Jacquot qui avait besoin de se faire plaisir. Nous avons fait plusieurs Tour Auto ensemble. Il m’a appelé pour faire équipe avec sa SZ.

Difficile de refuser, non ? C’est sûrement à faire une fois dans sa vie.

Pour l’instant, nous attendons la confirmation de leur comité de sélection. C’est aussi un gros budget, et en plus, ils sont difficiles au plan historique ! A suivre.

Ton meilleur souvenir de compétition

Je pense au GP de Pau , en 83 , avec la Sprint Véloce Zagato .

J’étais 3éme sur la grille, et Laborde était plus loin derrière avec des problèmes sur sa TZ. IL se mit à pleuvoir, et sans autobloquant, j’ai fait un tête à queue au pont Oscar. J’ai essayé de lui fermer plusieurs fois la porte, mais j’ai vu sa coda tronca sur la ligne d’arrivée. Adieu le podium, mais la SVZ était intacte.

Il y avait aussi, ce même week –end , les courses de Production , et le fameux doublé Snobeck –Cudini ! Quel hurlement ce V6, et le destin aidant, j’ai eu ces

deux Alfetta dans mon garage.

A propos de compétition, je n’ai pas fait que piloter. Avec L.Idrac , nous avons fait

Le Rallye de Madère, sur son R5Alpine ‘coupe’ qui était inscrit au Championnat d’Europe 87 : 2ème français, et 27 ème au scratch.

En 84, je devais rentrer chez Alfa France, comme inspecteur pièces détachées.

Peugeot, me récupère en me proposant d’être team manager du département rallye au GCAP Sports( les concessionnaires Peugeot qui faisaient courir Beltoise, et Jabouille en Production). Je suis présenté à Jean Todt ,et JP Nicolas !

Après un début de saison difficile, nous faisons le scratch au Rallye Alsace-Lorraine (championnat d’Europe) .Notre pilote, René Defour place la Samba- rallye,Gr B, devant les Porsche, R5Turbo, et autres Lancia 037. Normal, le Chef d’atelier ,JM Colon, venait de chez Snobeck ! …félicitations de JP.Nicolas.

La voiture qui t’a le plus impressionné en compétition, celle qui t’a donné le plus de frayeurs ?

- En 81, j’étais inspecteur technique chez Talbot-Sunbeam, et Frequelin-Todt ont

Offert à la Talbot Lotus le titre de champion du monde des rallyes.

J’ai donc craqué pour une Lotus Gr2 qui m’a donné le meilleur et le pire pendant

Presque 20 ans, J’en garde le souvenir d’un moteur de course, à carter sec, et vilo acier, très coupleux et puissant (230cv) sur une caisse légère de 850kgs.

Mais il y avait un pont arrière rigide à la méthode anglaise, et là, il y avait du sport

J’ai couru d’abord en course de cote, Monbazillac, Hautefage , Tarbes-Osmets

Puis en rallye régional, Marmande, Bonaguil. En 99 j’ai choisi de faire du VHRS, le rallye du Var, et les Cévennes en 2000 .L’auto était très efficace sur ces routes.

Je l’ai remplacée par l’Alfetta de production de Snobeck (que j’ai restaurée en commun avec F.Fabulet ) certains l’on essayée à Mérignac. J’ai du m’en séparer mais j’ai pu racheter celle pilotée par Alain Cudini , championne de la saison 83. .Elle est en restauration, et vous la verrez un peu plus tard à Mérignac.

Je prends beaucoup de plaisir à comprendre et refaire ce V6 particulièrement modifié, les 290cv de Bernard Mangé n’étaient pas là par hasard.

J’ai d’ailleurs un bon contact avec le responsable de la SODEMO, qui avait d’ailleurs participé à la saison 84. Quelques pièces sont refaites chez eux.

Quelle doit être, selon ta propre expérience, la raison d’être ou la finalité d’un club de marque ?

Après plus de 27 ans, nous pensons, avec Alain Larive, avoir eu une démarche qui nous a réussi, avec un investissement certain, et un peu de chance. Nous étions passionnés par la carrière sportive des Alfa, et le désir de leurs redonner leur panache. Mais nous étions aussi complémentaires, Alain est très documentaliste et nous étions ouvert à toutes les activités autour de la marque. Le VHC était la locomotive, mais il fallait aussi proposer de la documentation, des adresses de pièces et de ‘garagistes’, des rallyes randonnées, des miniatures, des voyages au musée d’ Arèse.

Le Club, doit d’abord permettre aux amateurs (d’Alfa bien sur) de se retrouver, d’échanger une passion, des expériences, une connaissance. Tout cela se retrouve dans le bulletin de liaison.

Cependant, certains n’y ont pas trouvé leur compte, soit à cause de l’éloignement ou par un centre d’intérêt différent.

Il faut accepter la diversité des passions, mais parfois, l’age aidant, on devient plus sectaire. Une question qui revenait souvent lors des adhésion : « avec la cotisation …à quoi j’ai droit ? » Comme si nous étions des commerciaux.

Je trouve enrichissant qu’il y ait plusieurs clubs pour assouvir cette passion.

Chaque ‘’bureau dirigeant’’ propose de vivre la passion selon… son intuition et avec ses recettes régionales. Les indécis vont voir ailleurs et quelques fois reviennent.

Même si vous ne voyez pas participer aux sorties tous les membres, comme vous le souhaiteriez, croyez bien qu’ils attendent leur Virus Info et sont contents de le recevoir.

L’important, c’est d’apporter un style aux amateurs et de leur permettre ces rencontres et ces échanges dans une ambiance sympathique et dans la bonne humeur !

Encore un mot Messieurs, car un club , ça se conduit à plusieurs…merci et continuer !!

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